Armes Electro-Magnétiques, La foudre à portée de main


En mai dernier, une dépêche de l’agence de presse RIA Novosti, révélait qu’une équipe de scientifiques russes, travaillant à Tomsk, Nijni-Novgorod et Moscou, avait réussi à construire des générateurs de très fortes énergies (atteignant des milliers de mégawatts en quelques nanosecondes, et à très haute fréquence).

L’agence précisait que ces générateurs étaient « compacts », insistant sur leurs dimensions modestes et une avance scientifique telle que ces réalisations russes seraient au moins dix fois supérieures à celles des pays étrangers.

L’impulsion électromagnétique est un phénomène depuis longtemps connu. Il a fait l’objet de nombreuses expérimentations notamment aux Etats-Unis qui, entre autres applications avaient réalisé et même utilisé des projectiles à impulsion électromagnétique (IEM). Mais la nouveauté résidait dans la dimension -très réduite- de la dernière réalisation russe. Malheureusement, la dépêche de l’agence n’est, sur ce point déterminant, guère explicite. En revanche, il y est précisé qu’au cours des années 50, déjà, le scientifique Andreï Sakharov, éminent atomiste avait suggéré de recourir à l’IEM pour réaliser un projectile capable d’exercer certaines destructions sur de vastes surfaces sans toutefois les ravages produits par la détonation d’une charge atomique.

La révélation de NOVOSTI annonce-t-elle l’avènement d’une arme nouvelle ou s’agit-il d’un apport à la recherche scientifique ?

En 1958, les scientifiques d’outre-atlantique avaient, eux aussi, évalué les conséquences de l’IEM, mais ses effets n’ont été connus du public qu’en 1962, lorsque les atomistes américains ayant procédé à une explosion thermonucléaire [1] dégageant une énergie de 1,4 mégatonnes, à la verticale de l’Ile Johnston, à 400 kilomètres d’altitude, les lumières de l’éclairage public de Honolulu, à 1300 kilomètres de distance, s’éteignirent, leur réseau d’alimentation électrique n’ayant pas résisté à la surcharge produite par l’explosion.

A juste titre l’impulsion électromagnétique mobilisa le Pentagone et aussi bien d’autres états-majors (En France, le centre d’études de Gramat, étudia les moyens de protéger certaines armes –les avions par exemple- des effets de l’IEM). Par des explosions nucléaires à haute altitude, il devenait possible de détruire, sur de vastes étendues terrestres, les circuits électroniques et électriques, paralysant une large part de l’activité économique et sociale d’un pays et cela sans s’en prendre –du moins directement- à la vie de ses habitants (mais, indirectement, par les conséquences d’une interruption de la distribution d’énergie et la destruction des moyens de communication). On imagine combien grande est la vulnérabilité à l’IEM d’une société largement informatisée et des armées aux équipements relevant de l’électronique.

En effet, les circuits des ordinateurs ne peuvent s’accommoder de tensions supérieures à une dizaine de volts, les équipements électroniques de 70 volts et les circuits imprimés plus de 5 volts… Or l’IEM étend sur de grandes surfaces des voltages atteignant 50.000 volts par mètre, et cela 50 fois plus vite que l’éclair.

Un expert français, J.B. Margeride avait estimé que la détonation d’une charge thermonucléaire de 2 mégatonnes, à quelque 500 kilomètres d’altitude déterminerait, au sol, par place, sur une surface de 1500 kilomètres de rayon, un champ de 50.000 volts par mètre, alors que les effets classiques (souffle, chaleur, rayonnement) d’une telle détonation seraient, au sol, très atténués. Dans le Bulletin des Scientifiques de l’atome (mars 1983) Daniel Stein s’en tenait à l’explosion thermonucléaire de 1 mégatonne à 500 kilomètres à la verticale du milieu des territoires des Etats-Unis pour y répandre un voltage moyen de 25000 volts/mètre, en débordant, d’ailleurs, sur le Canada au nord et le Mexique au Sud. De même, une seule détonation semblable « aveuglerait », électriquement parlant, la totalité de l’Europe, du Portugal à la Mer Noire, au sud et la presqu’île de Kola au nord.

Comment expliquer ce phénomène ? A haute altitude, à peu près 0,1% de l’énergie totale dégagée par l’explosion nucléaire est formée par des rayons gamma. Lorsqu’ils atteignent la haute atmosphère, à partir de 100 ou 120 kilomètres au dessus de la terre, ces rayons gamma, heurtent les atomes d’oxygène et d’azote et en éjectent les électrons (c’est l’effet Compton) [2]. Cette ionisation des molécules dans l’atmosphère raréfiée des grandes hauteurs permet aux électrons de se déplacer sur une certaine distance, selon les lignes du champ magnétique terrestre en produisant, en quelque 10 nanosecondes, une puissante impulsion d’énergie électromagnétique. [3]

Et plus haut, a eu lieu l’explosion nucléaire, plus loin peuvent se propager les rayons gamma, plus vaste, à Terre, est la zone atteinte par les radiations électromagnétiques.

Mais si l’explosion a lieu à basse altitude ou au sol, le champ magnétique dangereux qui est alors créé n’est à redouter que sur de faibles distances (de l’ordre de la dizaine de kilomètres de rayon). En raison de la densité de l’air, les rayonnements sont aussitôt freinés, puis arrêtés avec une rapide recomposition des molécules (électrons et ions).

Dans une étude particulièrement documentée, le commandant Fourdrinier (Armée de l’air) traite des réalisations des scientifiques relatives à la mise au point des dispositifs générateurs de forte impulsion électromagnétique et assez compacts pour être incorporés dans des projectiles (bombes de 900 kilogrammes) transportables par avion. Reste à savoir en quoi résident les « progrès » réalisés par les scientifiques russes évoquant des générateurs « compacts » capables de dégager une énergie mesurée en milliers de mégawatts. Le commandant Fourdrinier décrit un projectile dont la détonation crée un champ magnétique de plusieurs centaines de volts dans une zone terrestre d’environ 300 mètres de rayon.

Grosso modo, c’est la zone de destruction d’un explosif nucléaire de la gamme sub-historique. Et cela sans effets de souffle dévastateur mais avec la propagation d’une surcharge électrique neutralisant tous les équipements électriques et électroniques aujourd’hui indispensables aux forces armées. Et dont la protection impose des mesures techniquement et opérationnellement fort contraignantes.4]. Le commandant Fourdrinier l’appelle la « e .bombe » : « un armement regroupant un dispositif électromagnétique spécifique, un convertisseur d’énergie électrique, un dispositif de stockage d’énergie électrique pour maintenir la charge électromagnétique présente jusqu’à l’explosion et un explosif rapide pour déclencher l’ensemble ». Ainsi, la bombe électromagnétique existe et elle aurait même été expérimentée au Kosovo par l’aviation des Etats-Unis

Cette « e.bombe » est génératrice d’IEM aux effets destructeurs limités quant à l’étendue des surfaces sur lesquelles elle intervient lorsqu’elle est utilisée au sol, ou à faible altitude. Militairement parlant, par exemple, elle pourrait incapaciter une arme elle-même « électronisée » mais dans une demi sphère de faible rayon.

En usant de la gamme thermonucléaire et aux grandes altitudes, l’IEM demeure redoutable. Mais, provisoirement elle n’est à la portée que des puissances détenant la panoplie atomique complète du cycle nucléaire, vecteurs compris.

Seuls, aujourd’hui, les cinq Etats officiellement admis en tant que puissances nucléaires pourraient y avoir recours.

En revanche, la révélation de Moscou, soulignant la compacité de ses réalisations, donne à penser que de tels générateurs de très fortes énergies, entre les mains de groupuscules terroristes constitueraient un moyen de chantage efficace en s’en prenant aux biens matériels d’une société à abattre sans, pour autant, attenter à la vie, du moins directement. Dans un conflit symétrique opposant artillerie, chars et avions, ces générateurs d’énergie s’ajouteraient aux systèmes plus classiques, anti-chars et anti-aériens par exemple, et cela sur des étendues et à des distances comparables, mais en demeurant des armes dites non létales.

Comment se défendre de l’IEM ? En plaçant l’équipement vulnérable dans une enceinte métallique – la cage de Faraday- totalement étanche au champ électromagnétique extérieur. C’est dire que ce mode de défense est, pour le moins aléatoire et que, dans la majorité des cas, il se révèle irréalisable, seules les liaisons par fibre optique étant immunisées mais, celles-ci mises à part, en matière de communication par exemple, la quasi-totalité des équipements électro-électroniques existants ne sont pas protégés et ne peuvent l’être.

La maîtrise de l’impulsion électromagnétique, son apparition dans la panoplie des puissances scientifiquement avancées posent un certain nombre de problèmes politico-stratégiques nouveaux :

  • Dès 1976, outre-atlantique, l’on s’est inquiété de la vulnérabilité des centrales nucléaires à la violente surcharge électrique produite par l’IEM d’origine thermonucléaire (explosion à très haute altitude). Une commission d’enquête fut mise sur pied qui étudia les incidences de l’IEM sur quatre installations nucléaires. Elle conclut de manière rassurante, sans pour autant d’ailleurs, emporter la conviction. Cependant, le Directeur de la Commission nucléaire réglementaire, le docteur Roger J. Mattson, après étude du rapport de la commission d’enquête, affirma que les centrales nucléaires inspectées « n’étaient pas très vulnérables ».

Ce qui signifiait qu’il fallait veiller à mieux les protéger de l’IEM.

  • En cas de belligérance entre puissances scientifiques avancées, le recours à l’IEM d’origine thermonucléaire (explosion à haute altitude) devrait être pris en considération. Ou plutôt, il s’agirait d’être en mesure de dissuader l’une des parties de pratiquer une telle agression. La population n’étant pas directement visée, ni d’ailleurs, la destruction de son infrastructure, il apparaîtrait exclu de s’en remettre à l’intimidation par représailles atomiques. Reste la menace d’une riposte usant des mêmes moyens. Mais celle-ci serait sans doute différée en raison de la paralysie générale dans laquelle aurait été plongées la victime de l’agression à l’IEM.
  • Si, au lieu de l’IEM d’origine thermonucléaire envisagée ci-dessus, c’est à l’emploi de projectiles à impulsion électromagnétique auxquels l’agresseur avait recours, en particulier dans la zone de l’affrontement armé, le découragement par l’atome, à cette sorte d’agression serait « excessif » (et amorcerait une « escalade » redoutable ) si bien que c’est la pratique d’une dissuasion menée avec des moyens analogues qui s’imposerait. Ce qui signifie qu’il conviendrait d’ajouter aux armes existantes, y compris nucléaires, l’arme électromagnétique, et sous les deux formes qu’elle peut emprunter (explosion nucléaire à très haute altitude et projectiles à impulsion électromagnétique).
  • Il est rarement fait allusion à l’impulsion électromagnétique bien que les Etats-majors et leurs équipes de scientifiques cherchent à la fois à amplifier les performances des dispositifs générateurs et à se défendre de leurs effets. L’armement nucléaire a créé un tel bouleversement des conditions de la coercition que c’est à son ombre qu’a surgi l’IEM, d’abord dépendante de la désintégration de la matière, puis indépendamment d’elle en créant électriquement un champ magnétique comprimé par la détonation d’une charge dite conventionnelle.

L’atome militarisé couvre toute la gamme haute de la violence, jusqu’à son paroxysme, l’absolu excluant alors le politique.

En revanche, l’IEM aux effets destructeurs limités- mais néanmoins temporairement décisifs- apparaît être une arme « politiquement utilisable » donc un ajout à la très riche panoplie des moyens de destruction.

Annexe

Lieutenant Colonel David J. Dean – Maxwell Air Force base, Alabama – Juin 1986

« Une arme conventionnelle, de type IEM ressemble…à un système radar très sophistiqué. Elle peut être installée sur une plate-forme dans l’espace, dans un aéronef, sur un camion ou sur un bateau. Contrairement aux systèmes nucléaires à IEM, qui bombardent de vastes régions d’impulsions électromagnétiques en faisant beaucoup de dégâts, le système conventionnel peut cibler des points spécifiques. L’ IEM peut brouiller ou couper les systèmes électroniques ciblés à longue distance. A des distances plus courtes, les composants électroniques de la cible sont grillés et les dégâts sont irréversibles. Cet armement conventionnel à IEM peut être utilisé dans beaucoup d’applications différentes lors d’un conflit mineur, à la fois pour l’attaque et pour la défense… ». J. Manning et Dr. Nick Begich : « Les Anges ne jouent pas de cette Haarp ». L. Courteau ed. 2003

[1] Cette détonation avait été précédée, en 1958, d’explosions de quelques dizaines de kilotonnes seulement, à 400 kilomètres de hauteur en vue d’étudier l’IEM sans trop perturber les communications internationales.

[2] Physicien américain (1892-1962) Prix Nobel de physique en 1927.

[3] Une explosion nucléaire aux moyennes altitudes produit une onde choc (50% de l’énergie dégagée), une radiation thermique (35%) un flux de rayons gamma (10%) après la 1ère minute. Dans le vide, au-dessus de 120/150 kilomètres, ni onde de choc ni radiation thermique n’ont de « support ».

[4] voir annexe

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Une réflexion sur « Armes Electro-Magnétiques, La foudre à portée de main »

  1. Bonjour,
    Cette information est vraie comme quoi les russes ont réussi à miniaturiser grace a ces armes électromagnétiques des bombes nucléaires de nouvelles générations sans les radiations, ce qui est une rupture technologique dangereuse.
    Voir le texte de Jean-Pierre Petit qui en parle en milieu de son lien.
    http://www.jp-petit.org/Presse/ARMES/bombe_a_fusion_pure.htm

    Si vous comprenez bien ce texte il y a des chances que ces armes sans effets indésirables servent dans un futur proche…

    Cordialement.

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